Sites culturels et pédagogiques

Tous les surfeurs doivent en être conscients: Internet est le fruit d'une longue succession de découvertes géniales. Bien entendu, il est difficile de comprendre Internet sans se pencher quelques instants sur l'histoire de l'ordinateur; nous examinerons donc la genèse et le développement de ce qui est vraisemblablement la plus grande invention du XXe siècle. Ensuite, nous verrons dans quel contexte Internet a vu le jour  et a pris l'extension que nous lui connaissons; enfin, nous terminerons par les perspectives offertes par Internet et une liste de références pour les surfeurs qui veulent en savoir plus.   


La préhistoire de l'informatique

  Pour que l'ordinateur existe, il a fallu la rencontre de plusieurs événements. D'une part, des philosophes-mathématiciens comme Leibniz et Boole ont  inventé le système binaire  et réduit la logique à la simple algèbre; d'autre part des physiciens (Oersted, Arago) ont découvert les lois de l'électromagnétisme. Enfin, des inventeurs de génie ont mis patiemment au point des machines à calculer se basant sur le principe sur le principe que tout calcul compliqué peut être décomposé en une suite d’opérations plus simples, susceptibles d’être exécutées automatiquement. Les premières machines à calculer, réalisées par Wilhelm Schickard, Pascal et Leibniz, remontent au début du XVIIe siècle. Elles effectuaient les opérations arithmétiques de base (additions et soustractions, mais également conversions de monnaie pour la machine de Pascal, les autres machines réalisant de plus multiplications et divisions).

pascal

Pascal (Blaise) 1623-1662
Mathématicien, physicien et philosophe français. A l'âge de 18 ans, il invente la Pascaline, première machine à calculer pouvant réaliser le travail de 6 comptables.

Au début du XIXe siècle, Charles Babbage (1792-1871) construisit une machine qui peut être considérée comme l’ancêtre des ordinateurs. Malheureusement, elle ne put jamais fonctionner de façon convenable, la technologie de l’époque étant trop rudimentaire. Il fallut attendre la fin du XIXe siècle et l’utilisation de l’électromécanique pour voir apparaître les machines mécanographiques. Très spécifiques d’un traitement donné (trieuses, tabulatrices, etc.), elles nécessitaient de nombreuses opérations manuelles, ce qui nuisait à leur rendement. En effet, tout traitement à effectuer par la machine était spécifié par un câblage, réalisé sur un tableau de connexions. Cette programmation pouvait prendre de quelques heures à plusieurs jours, selon la complexité du problème. Ultérieurement, les ordinateurs utilisant cette technique de programmation seront appelés machines à programme affiché .

Babbage (Charles) 1792-1871)
Mathématicien anglais. Sa machine à calculer, de la taille d'une locomotive, ne fonctionna jamais en raison du manque d'investissement. Mais il eut le mérite de tenter, pour la première fois, l'utilisation des cartes perforées inventées par le français Jacquard pour automatiser ses métiers à tisser.


Peu avant la Seconde Guerre mondiale apparurent les premières calculatrices  électromécaniques, construites selon les idées de Babbage. Ces machines furent vite supplantées par les premiers calculateurs électroniques, nettement plus performants. Le premier calculateur entièrement électronique, dénommé ENIAC (Electronic Numerical Integrator and Computer), fut construit en 1946 avec des tubes à vide.

Le calculateur ENIAC 1946

Comme les machines mécanographiques dont il découlait, l’ENIAC était une machine à programme affiché. Les inconvénients de cette technique de programmation conduisirent à la définition et à la réalisation de machines à programme enregistré , c’est-à-dire de machines dotées d’une mémoire capable de contenir à la fois les programmes et les données à traiter. La structure des machines à programme enregistré a été décrite en 1946 par un mathématicien américain d’origine allemande, John von Neumann. Cette architecture de machine est encore valable de nos jours, et la plupart des ordinateurs actuels s’en inspirent.

L’architecture de von Neumann
John von Neumann a proposé une structure universelle de machine à calculer et en a défini les constituants de base. La machine est composée des éléments suivants:

– un organe de calcul, susceptible d’exécuter les opérations arithmétiques et logiques, l’unité arithmétique et logique ;
 une mémoire , ou mémoire centrale , servant à la fois à contenir les programmes décrivant la façon d’arriver aux résultats et les données à traiter;
 des organes d’entrée-sortie , ou périphériques , servant d’organes de communication avec l’environnement et avec l’homme;
 une unité de commande  (control unit ) permettant d’assurer un fonctionnement cohérent des éléments précédents.
L’ensemble formé par l’unité arithmétique et logique, d’une part, et l’organe de commande, d’autre part, constitue l’unité centrale  ou processeur . L’ensemble des composants physiques, appelé matériel  (hardware ), est commandé par un logiciel  (software ).
L’unité centrale ne peut effectuer qu’un ensemble restreint d’opérations élémentaires, spécifiées à l’aide d’instructions
 . L’ensemble des instructions exécutables constitue le jeu d’instructions ; celui-ci caractérise une architecture donnée.
Une instruction est composée de plusieurs parties, les champs
 , parmi lesquels figurent principalement le code opération , définissant l’opération à exécuter, et l’adresse , précisant la localisation de l’opérande en mémoire.
Les instructions de la machine décrite par von Neumann ne comportaient qu’une seule adresse, mais la plupart des machines ultérieures en eurent plusieurs: deux adresses (adresse du premier opérande, adresse du second opérande), voire trois (adresse du premier opérande, adresse du second opérande et adresse de rangement du résultat.
 

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Les débuts de l'ordinateur

Examinons maintenant les inventions capitales qui ont permis le développement de l'ordinateur et, de ce fait, la naissance d'Internet.

Décembre 1947 : Invention du transistor par William Bradford Shockley, Walter H. Brattain et John Bardeen dans les laboratoires de Bell Telephone

Janvier 1948 : Wallace Eckert de chez IBM et son équipe terminent le SSEC (Selective Sequence Electronic Calculator). Cette machine hybride est composée de plusieurs systèmes de stockage : 8 tubes à vide, 150 mots sur une mémoire à relais et 66 boucles de bandes papier pouvant stocker au total 20000 mots de 20 digits au format DCB. Cette machine pouvait lire ses instructions de l'une des boucles de papier, voire même en mémoire, ce qui en fait aussi un calculateur à programme enregistré (même si la capacité mémoire était minime). Du point de vue d'IBM, il s'agit donc du premier vrai ordinateur.

Juin 1948 : NewMan, Williams et leur équipe de l'université de Manchester terminent une machine prototype appelée Manchester Mark I avec un nouveau type de mémoire composée de tubes cathodiques : pour stocker un bit d'information, un rayon cathodique allumait un point sur le tube qui restait alors allumé. Pour le lire, il suffisait de pointer le rayon au même endroit et de faire une mesure de voltage avec une électrode placée de l'autre côté du tube ! Le Mark I disposait ainsi d'une mémoire de 1024 bits tenant en un seul tube.
La machine était programmée (en binaire) avec le programme stocké en mémoire et les résultats étaient lus sur un autre tube en binaire. Il s'agit dont du premier vrai ordinateur.

1951 : P. Eckert et J. Mauchly, ayant revendu leur compagnie à Remington Rand, lancent l'UNIVAC I (UNIversal Automatic Computer). Il s'agit du premier ordinateur commercial de l'histoire. Le premier fut vendu au bureau de recensement Américain pour la modique somme de 750000 $ pour l'ordinateur et 185000 $ pour l'imprimante rapide. Il était capable d'exécuter 8333 additions ou 555 multiplications par seconde. 56 exemplaires furent vendus.

Juillet 1953 : IBM lance son premier ordinateur commercial en série : l'IBM 650, conçu pour être compatible avec les machines de comptabilité mécanique à cartes perforées de la marque.
Bien que lent, peu fiable car basé sur la technologie des tubes à vide et coûteux, un millier d'exemplaires seront fabriqués. Ce sera le premier ordinateur de nombreuses universités Américaines grâce à de gros rabais consentis par IBM dans le but de familiariser les étudiants avec l'informatique et surtout fidéliser l'éventuelle future clientèle. 

L'ordinateur devient interactif

Jusque la, l'ordinateur était une énorme machine inaccessible et destinée à traiter des masses de données sans intervention extérieure. L'augmentation des performances va maintenant permettre à l'ordinateur de "communiquer" avec l'être humain ! C'est aussi à ce moment que le premier réseau d'ordinateurs  ARPANET ancêtre d'Internet, va naître.

1956 : Création du premier ordinateur à transistors par la Bell : le TRADIC qui amorce la seconde génération d'ordinateurs.

1956 : IBM commercialise le premier disque dur, le RAMAC 305 (Random Access Method of Accounting and Control).
Il est constitué de 50 disques de 61 cm de diamètre et peut stocker 5 Mo.

1957 : Création du premier langage de programmation universel, le FORTRAN (FORmula TRANslator) par John Backus d'IBM.

1957 : Suite au lancement du premier Spoutnik par les Soviétiques, le président Dwight D. Eisenhower crée l'ARPA (Advanced Research Project Agency) au sein du DoD (Department of Defense) pour piloter un certain nombre de projets dans le but d'assurer aux USA la supériorité scientifique et technique sur leurs voisins Russes.

1958 : Pierre Chenus, Jean Bosset, et J.P. Cottet de la Compagnie des Machines Bull développent le Gamma 60, le premier superordinateur Français dédié au calcul intensif avec un support hardware du multithread. Cette machine très rapide et très en avance sur son temps sera fabriquée à 12 exemplaires.

1958 : Suite à une conférence entre Américains et Européens est lancée l'idée d'un langage standard universel : ALGOL 58 (ALGOrithmic Language).

1958 : Démonstration du premier circuit intégré crée par Texas Instruments

1958 : La BELL crée le premier Modem permettant de transmettre des données binaires sur une simple ligne téléphonique.

1958 : Willy Higinbotham, physicien au Brookhaven National Laboratory crée le premier vrai jeu vidéo de l'histoire basé sur une machine dédiée construite à base de lampes. Il s'agissait d'un jeu très similaire au le jeu Pong qu'Atari sortira en 1972.

1959 : L'ordinateur ATLAS I étudié par l'université de Manchester et Ferranti introduit deux nouvelles technologies fondamentales pour les ordinateurs modernes : la mémoire virtuelle et la multiprogrammation (on dirait aujourd'hui multi-tache).
L'execution des instructions s'effectuait en "pipeline" et la machine disposait d'une unité de calcul sur les entiers et une unité de calcul en virgule flottante. Elle développait une puissance de 200 kFLOPS.

1960 : Publication du cahier des charges du langage de programmation COBOL (COmmon Business Oriented Language). Il devient, après le FORTRAN, le second grand langage de programmation universel, faisant ainsi rapidement disparaître l'ALGOL.

Novembre 1961 : Fernando Corbato et Robert Fano du MIT font la demonstration de CTSS (Compatible Time Sharing System) le premier système d'exploitation multi-utilisateurs. Lors de cette démonstration, 3 utilisateurs se sont connecté simultanément sur un ordinateur pour y travailler comme si chacun disposait de sa propre machine.
CTSS sera utilisé en production au MIT entre 1963 et 1973.

1962 : En France, Philippe Dreyfus invente le mot informatique pour désigner la science du traitement de l'information et des ordinateurs.

1962 - Septembre 1964 : John Kemeny et Tom Kurtz du Dartmouth College développent le système d'exploitation DTSS (Dartmouth Time Sharing System) permettant à 32 personnes de se connecter simultanément sur un même ordinateur.

1964 : Thomas Kurtz et John Kemeny créent le langage BASIC (Beginner's All-purpose Symbolic Instruction Code) au Dartmouth College pour leurs étudiants.

1965 : Ted Nelson publie un premier papier sur le concept de nombreux types de documents informatiques reliés entre eux. Il utilise les mots hypertexte et hypermedia pour décrire ce concept, par la suite plus connu sous le nom de Xanadu.

1965 : Lawrence G. Roberts va, avec Thomas Merill, connecter l'ordinateur TX-2 au Massachussets avec l'ordinateur Q-32 en Californie par une liaison téléphonique. Cette expérience va prouver la faisabilité et l'utilité d'un réseau d'ordinateurs. Elle va aussi achever de convaincre Roberts de la supériorité de la commutation de paquet par rapport à l'utilisation de circuits dédiés comme ce fût le cas dans cette expérience.

1965 : Digital présente le PDP 8, le premier mini ordinateur qui marque une étape importante dans la miniaturisation et la diminution du prix des ordinateurs. Une publicité montrait qu'on pouvait le transporter sur la banquette arrière d'un cabriolet Coccinelle. Son prix était 5 fois plus petit que celui du moins cher des IBM 360.

1965 : Gordon Moore écrit que la complexité des circuits intégrés doublera tous les ans. Cette affirmation qui s'est par la suite révélée exacte est maintenant connue sous le nom "Loi de Moore".

1966 : Le langage de programmation LOGO est crée par une équipe chez BBN (Bolt Beranek & Newman) dirigée par Wally Fuerzeig dont faisait partie Seymour Papert. Ce langage très graphique est basé sur le principe d'une tortue que l'on pilote à l'écran en lui donnant des ordres (tourner, avancer, etc...).
 

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Naissance et développement d'Internet

Après le succès scientifico-militaire remporté par les Soviétiques en octobre 1957 avec le lancement du Spoutnik en pleine guerre froide, le président Eisenhower demande au ministère de la Défense américain de créer l'ARPA (Advanced Research Project Agency), l'agence pour les projets de recherche avancée. Rassemblant les meilleurs scientifiques américains, l'ARPA est mise en place pour renforcer la recherche susceptible d'intéresser les militaires.
En 1962, le psychologue Joseph Licklider est nommé au sein de l'ARPA pour diriger une équipe de recherche sur l'amélioration de la transmission d'informations par voie d'ordinateurs, le gouvernement américain cherchant à créer un réseau de communication invulnérable à une attaque nucléaire. Paul Baran de la société RAND (Research ANd Development) est chargé par l'ARPA d'étudier ce problème. Deux ans plus tard, en 1964 il soumet à l'ARPA sa proposition : le réseau devra être décentralisé et présenter une structure maillée, chaque nœud (ordinateur) étant aussi bien capable d'envoyer que de recevoir des messages. De plus, pour des raisons de sécurité et de fiabilité dans les échanges d'informations, chaque message devra être segmenté en petits paquets envoyés séparément au destinataire, et pouvant suivre un chemin différent mais toujours en essayant plus ou moins de s'approcher de la destination afin d'éviter des paquets « retardataires ». Arrivé à destination, le message sera reconstitué par l'ordinateur cible en rassemblant les paquets dans le bon ordre. Il s'agit là de la technologie dite du packet-switching ou de « commutation de paquets » dont Paul Baran est l'un des inventeurs, et dont la théorie avait été étudiée par Leonard Kleinrock au MIT (Massachussets Institute of Technology) en 1961. Le modèle proposé par P. Baran est séduisant à maints égards. Tout d'abord, en raison de la structure maillée du réseau, les connexions entre ordinateurs sont redondantes, si bien que l'acheminement des messages est assuré même en cas de destruction partielle du réseau. Ensuite, tous les nœuds étant équivalents, il n'existe pas de point névralgique dont la destruction serait fatale au bon fonctionnement du réseau. Enfin, le packet-switching permet à plusieurs ordinateurs d'utiliser simultanément une même ligne et garantit la fiabilité, car l'interception d'un message secret, ou un incident, n'affecte qu'une petite partie du message. En effet, chaque paquet porte des informations relatives à son origine et à sa destination, si bien qu'en cas de perte d'un paquet lors de son acheminement vers le destinataire, seul ce paquet sera réexpédié par l'émetteur et non la totalité du message.
En 1968, le National Physical Laboratory en Grande-Bretagne met en place le premier réseau à commutation de paquets. Pendant ce temps, l'ARPA étudie un projet beaucoup plus ambitieux mettant en application la proposition de P. Baran avec les ordinateurs les plus puissants de l'époque. Internet était sur le point de naître.

D’Arpanet à Internet
En août 1969, le premier ordinateur du réseau étudié par l'ARPA est installé à UCLA (University of California Los Angeles). En octobre, novembre et décembre de la même année, trois autres ordinateurs du réseau sont installés respectivement à Stanford, à l'université de Santa Barbara (Californie) et à l'université du Utah. Avec ces quatre ordinateurs interconnectés, chacun doté de la technologie du packet-switching le projet « ambitieux » arrive à terme : ARPANET est né. « Log in » est le premier message que l'on tente d'envoyer à titre d'essai à travers Arpanet, de UCLA à Stanford. L. Kleinrock, professeur à UCLA tape la lettre « L » sur l'ordinateur en Californie et demande par téléphone à ses collègues à Stanford si « L » est apparue sur l'écran de leur ordinateur. La réponse est... oui. Il tape ensuite « o », et la réponse est... oui. Puis « g », et... le système se « plante » ! Voilà comment il y a trente ans, le réseau qui allait devenir Internet et donner naissance au web a effectué ses premiers pas. Il s'agissait néanmoins d'une grande victoire, car la transmission des deux lettres « L » et « o » annonçait une véritable révolution.

1971 : e-mail
Après avoir résolu certains problèmes techniques, Arpanet devient réellement opérationnel, permettant aux quatre institutions de transférer des données et d'effectuer à distance certains calculs longs sur plusieurs ordinateurs afin d'aller plus vite. Cependant, on se rend très vite compte que le principal trafic d'informations sur le réseau n'est pas relatif aux données scientifiques ou militaires, mais concerne des discussions personnelles entre les scientifiques portant la plupart du temps sur la science-fiction, l'actualité et... les ragots. On a ainsi très vite ressenti l'utilité d'un programme indépendant, dédié spécifiquement à la messagerie, afin de ne pas mélanger les informations personnelles avec les données institutionnelles. L'idée du courrier électronique (e-mail) venait de germer. En 1971-72, apparaît le premier programme pour l'envoi et la réception de courrier électronique (SNDMSG et READMAIL). Le signe @ que nous utilisons encore aujourd'hui est introduit dans l'adresse de messagerie et on simule avec succès l'envoi et la réception du premier e-mail. Au même moment, on écrit le premier programme de gestion du courrier électronique (classer, répondre, enregistrer etc.). En 1973, le courrier électronique représente 75 % du trafic total sur Arpanet !

Un symbole promis à un grand avenir


1974 : TCP/IP

Au cours des années 1970 le nombre de machines connectées à Arpanet augmente. En 1971, il y en avait environ 20 ; en 1972, une quarantaine. En 1973, Arpanet s'étend jusqu'en Grande-Bretagne avec le University College of London, et la Norvège où il établit une liaison avec un centre radar. Contrairement aux réseaux conventionnels qui ne pouvaient accommoder que des machines de même type, Arpanet présentait un énorme avantage, celui de pouvoir mettre en liaison différents types de machines, à condition toutefois qu'elles communiquent toutes selon le même mode, c'est-à-dire par commutation de paquets (packet-switching). Il fallait donc que toutes les machines soient dotées d'un programme qui gère les messages et les paquets selon les mêmes règles et conventions, selon un même protocole. Cette normalisation impliquait une sorte de « charte », un protocole standard universel. Le protocole utilisé sur Arpanet au début des années 1970 s'appelait le NCP (Network Control Protocol). Cependant, dès 1973 on envisage l'établissement d'un nouveau protocole plus performant, capable de mieux acheminer les messages en cas de destruction partielle du réseau en cas de guerre. De plus, le nouveau protocole devait également être capable d'acheminer les informations hors Arpanet à travers d'autres réseaux comme Ethernet et Telnet qui avaient été créés entre temps (ou qui allaient être créés) et qui suivaient d'autres « chartes ». En somme, avec le nouveau protocole, l'objectif était de créer un réseau de réseaux.
En réponse, Vincent Cerf de Stanford et le mathématicien Bob Kahn qui travaillait pour la DARPA posent en 1974 les bases d'un nouveau protocole, le TCP/IP (Transmission Control Protocol et Internet Protocol). Environ dix ans plus tard en 1983, le NCP est définitivement abandonné au profit du TCP/IP que nous utilisons encore aujourd'hui et qui constitue le protocole de base d'Internet. TCP est chargé de segmenter le message en paquets et de réarranger ces derniers à la réception, tandis que IP est chargé d'assurer l'acheminement des paquets d'ordinateur en ordinateur jusqu'à destination. En effet, Internet, le réseau des réseaux allait bientôt naître.

Vint Cerf effectue en 1968 une démonstration de liaison d'ordinateurs par réseau devant l'ARPA.
 Il est également à la base du protocole TCP/IP (1974)


D'Internet au www

En 1977, Internet devient réalité car le TCP/IP est effectivement utilisé pour relier divers réseaux à Arpanet. Le nombre d'ordinateurs connectés dépasse alors la centaine et depuis, ce nombre ne cesse d'augmenter d'année en année. En 1984, le cap de 1 000 est franchi et le CERN (Centre européen de recherche nucléaire) adopte le TCP/IP comme protocole sur son propre réseau (CERNET). Six ans plus tard, en 1990, alors que le nombre d'ordinateurs connectés atteint les 300 000, le plus grand site Internet au monde est celui du CERN, futur berceau du web, un vaste ensemble mondial de documents dits hypertextes et hypermédias distribués sur Internet. Le world wide web (www), ou web, n'est donc pas Internet. Il ne constitue qu'un des services, qu'une des fonctions d'Internet, les autres étant par exemple le courrier électronique, le téléchargement de fichier, la téléconférence, les newsgroups... Le courrier électronique (1971) et les newsgroups (1979) existaient d'ailleurs bien avant l'apparition du web. L'origine du web remonte à mars 1989 lorsque Tim Berners-Lee, un informaticien au CERN, propose de créer sur le site Internet du CERN un ensemble de documents rattachés les uns aux autres par des liens hypertextes, afin de faciliter la recherche d'informations pour les physiciens des particules. En 1991, Berners-Lee introduit les premiers documents hypertextes au CERN : le world wide web était né. L'année suivante, Berners-Lee crée sur le serveur Internet de Fermilab aux États-Unis un lien hypertexte avec le site web du CERN : la toile mondiale commence à se tisser. En 1993, le nombre de site web atteint les 600. Aujourd'hui, il en existe plusieurs millions sur Internet !
 

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Les perspectives: Internet, un village global?

Les centaines de millions de personnes reliées à Internet sont à majorité blanches, masculines, habitant des pays très développés, dotées d'un haut niveau d'éducation et de revenu. En revanche, le nombre d'abonnés en Afrique, en Asie et en Amérique latine est minime. Internet véhicule donc l'utopie d'un monde unifié par les médias telle que la définissait en 1964 le philosophe canadien Marshall McLuhan. Celui-ci affirmait que les technologies nouvelles conduiraient rapidement à un village global où réapparaîtraient les formes de communication entre les hommes caractéristiques des tribus primitives: la communion dans la même émotion, le partage des mêmes sensations, le sentiment d'appartenir à un groupe où chacun se connaît.
Faut-il suivre l'utopie de McLuhan  ou partager l'anticipation nettement moins optimiste de Jacques Attali qui divise, dans sa description anticipatrice du XXIe  le monde en trois. D'une part, quelques centaines de milliers d'individus riches, éduqués, indispensables au fonctionnement de la recherche et des grandes entreprises, reliés en permanence à et par des réseaux (Internet, téléphone portable...); ensuite quelques centaines de millions de travailleurs aisés, consommateurs boulimiques d'images vidéo et de télévision, spectateurs fascinés de la vie des puissants; enfin, abandonnés à leur sort, les oubliés des réseaux, exclus aussi de l'économie réelle, marginalisés, loin du monde scintillant des images, des satellites  et de l'Internet.

Les perspectives: Internet source de transformations sociales?

Il faut reconnaître que cette technologie possède un potentiel immense de transformation sociale. Enormément utilisé dans les foyers, le Net affecte grandement la gestion des temps libres des enfants et des parents, entraînant des changements dans leurs habitudes quotidiennes. 
Par exemple, de plus en plus d’Américains délaissent la télévision pour leur ordinateur. Plusieurs personnes ont troqué le journal télévisé  pour des centres de consultation, en temps réel, de l’information mondiale. De nombreuses transformations sont donc en cours, mais plusieurs facteurs influenceront leur rapidité et leur importance. En effet, compte tenu de l’âge, du sexe ou de la génération des personnes impliquées dans le changement, l’adaptation se fera plus ou moins rapidement et avec plus ou moins d’enthousiasme.

 Mais une chose semble certaine, les gens devront apprendre à faire, au départ du moins, de l’ancien dans le nouveau de façon à faire accepter le nouveau dans l’ancien.
Aujourd’hui, il est raisonnable d’affirmer qu’Internet est un phénomène généralisé. Ses applications inondent les différents marchés et elles transforment grandement de nombreux milieux de travail. En effet, le web permet des collaborations quotidiennes avec des collègues éloignés, ce qui serait impossible autrement. D’autre part, le développement des réseaux a influencé positivement la productivité des travailleurs, mais, en favorisant les relations avec l’extérieur, il reste moins de temps à ces derniers en ce qui a trait à leur implication sociale et professionnelle dans leur milieu de travail immédiat
Bref, les impacts de l’Internet sont présents dans de nombreux domaines. Le mode de vie des êtres humains, bien que déjà transformé par l’arrivée de cet immense réseau dans leur chez soi, est avide de nombreux autres changements. Ainsi, il ne faut pas regarder bien loin dans l’avenir pour s’apercevoir des nombreuses possibilités que peut offrir ce réseau.
Déjà, l’Internet nous offre de faire notre épicerie via son réseau, ou d’y commander une pizza. Dans cette même optique, d’ici quelques années, lorsque la fibre optique sera plus largement implantée, rien n’empêchera quelqu’un de se louer un film sur Internet, sans ainsi avoir à se soucier si le film est disponible, ou bien si la voiture est déneigée et chauffée. Le film, provenant d’une banque de donnée française par exemple, sera directement envoyé chez le client, qui pourra le visionner quand bon lui semblera, l’information étant préalablement emmagasinée dans l’ordinateur.
Un autre exemple des multiples applications de l’Internet, déjà utilisé aujourd’hui, c’est certainement la communication à moindre coût, qui permet de réunir des familles séparées par des milliers de kilomètres de distance. Ainsi, des familles divisées, ou des amis éloignés peuvent se retrouver grâce à la vidéoconférence et au chat, deux outils fantastiques offerts par l’Internet.

Bref, ce réseau s’est introduit dans nos vies, et nombreuses de ses applications resteront disponibles longtemps, grâce aux multiples avantages qu’elles apportent. D’autres fonctions s’ajouteront, le réseau n’étant encore qu’au stade de la petite enfance, afin de simplifier encore davantage nos vies.
 

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Pour en savoir plus

Ouvrages
Jacques Bureau, Dictionnaire de l'Informatique, Larousse, 1972, 223 pages.
Jean-Yvon Birrien, Histoire de l'Informatique, P.U.F., 1990, 127 pages.
Philippe Breton, Une histoire de l'informatique, Seuil, 1990, 269 pages.
Collectif, Qui a inventé l'ordinateur ? dans Science & Vie, 1996 (HS N° 36), 96 pages.
Gilles Bauche, Les inventeurs d'Internet, dans L'Histoire, n° 205, décembre 1996, p. 19
Jean-Luc Guedon, La planète Cyber, Internet et Cyberspace, Paris, Découvertes Gallimard, 1996.
Catherine Bertho-Lavenir, Du télégraphe à Internet: vitesse et mondialisation, dans L'histoire, n°226,  novembre 1998, p. 34.
Le siècle du numérique, dans PC World Belgium, n° 18, février 2000, p.56.

A signaler aussi, quelques renseignements dans:

  • Science & Vie, novembre 1998, n°975 
  • Science & Vie, décembre 1998, n°976 
  • Web Magazine, juin 1999, n°2

Sites
http://www.virtuel.collegebdeb.qc.ca/langues/davidk/leduc/project/socio.htm

http://www.malexism.com/medias/avenirdinternet.html

http://www.institut-coherences.fr/INSTITUT/APPLICATIONS/DOCUMTS/WEBpr1.htm

http://www.institut-coherences.fr/INSTITUT/APPLICATIONS/DOCUMTS/servinet2.html

http://www.media-awareness.ca/fre/prof/mediacan/vivre/robertw.htm

http://www.infosmd.com/extraits-cd-rom-emo/dossier-internet/chapitre/introduction.htm

http://spiff.bibl.ulaval.ca/aci/ter_fut.html

http://www.abc-netmarketing.com/thema/futur.htm

http://www.cyberstation.fr/~enzo/futur.html

http://www.cybersciences.com/bell/revolution.html
http://www.isoc.org/zakon/Internet/History/HIT.html
http://www.fnet.fr/history/VintonCerf.html

http://www.agora.qc.ca/rech_int.html

http:// www.unifr.ch/ipg/UT_PERRAULT/WTICH98/Sit...p3/histoire.htm